Mis à jour : juin 2026 Le bruit de l'eau qui coule goutte à goutte ou le sifflement continu d'une chasse d'eau sont souvent synonymes de stress pour les occupants d'un logement. Au-delà de l'agacement sonore et du gaspillage écologique évident, une fuite d'eau soulève immédiatement une question financière épineuse : qui doit régler la note du plombier ? Est-ce au locataire, au titre de l'entretien courant du logement ? Ou au propriétaire bailleur, responsable de la délivrance d'un logement en bon état ? La réponse n'est pas toujours binaire. Entre le changement d'un simple joint en silicone et la rupture d'une canalisation vétuste dans les murs, la législation française établit des frontières précises qu'il est indispensable de connaître pour éviter le conflit. Dans ce dossier complet, mis à jour avec la jurisprudence 2024-2025, nous analysons toutes les situations possibles, le cadre légal du décret n°87-712, les recours en cas de facture d'eau exorbitante (Loi Warsmann) et les démarches à suivre auprès des assurances. Ce que dit la loi : le cadre juridique indispensable Pour trancher le débat de la responsabilité financière, il ne faut pas se baser sur le "bon sens", mais sur deux textes fondamentaux qui régissent les rapports locatifs en France. Le Décret n°87-712 du 26 août 1987 C'est la référence absolue en matière de réparations locatives. Ce décret dresse une liste (non exhaustive mais très détaillée) des travaux qui incombent au locataire. Le principe directeur est simple : le locataire a la charge de l'entretien courant et des "menues réparations". Il est le gardien de la chose louée et doit l'entretenir en "bon père de famille". L'article 606 du Code Civil et la Loi de 1989 À l'inverse, la loi du 6 juillet 1989 stipule que le bailleur est tenu de remettre au locataire un logement décent et de le maintenir en état de servir à l'usage prévu. Toutes les réparations qui ne sont pas locatives (liées à la structure, à la vétusté ou à la force majeure) retombent donc sur les épaules du propriétaire. Robinetterie, éviers et douches : analyse des cas fréquents C'est le cas le plus fréquent dans les dossiers de gestion locative. Un robinet qui goutte peut gaspiller jusqu'à 4 litres par heure. Voici la répartition précise des charges. Ce que le locataire doit payer (entretien) Le locataire est responsable des éléments qui s'usent par une utilisation quotidienne et qui sont accessibles facilement sans gros outillage. Il doit payer pour : Le remplacement des joints : clapets, joints de tête de robinet, joints de siphon. C'est l'entretien de base. Les presse-étoupes : c'est souvent la cause d'une fuite à la base du col de cygne d'un robinet mélangeur. Le détartrage : si une fuite est provoquée par une accumulation massive de calcaire (mousseur bouché qui fait monter la pression et fait sauter un joint), c'est un défaut d'entretien caractérisé du locataire. Le remplacement des flexibles de douche : considéré comme du consommable, au même titre qu'une ampoule. Ce que le propriétaire doit payer (structure) Le propriétaire intervient lorsque la réparation dépasse le stade de la "pièce d'usure" ou touche à l'intégrité de l'installation. Il doit payer pour : Le remplacement du robinet entier : si le mitigeur ou le mélangeur est cassé, fendu par le gel ou trop vieux pour être réparé. La colonne de douche : si le mécanisme interne est défaillant (cartouche céramique HS hors calcaire). Les canalisations d'alimentation : tout ce qui se trouve avant le robinet d'arrêt, y compris les soudures qui lâchent. Chasse d'eau et WC : le point critique des factures d'eau Une fuite de chasse d'eau est souvent vicieuse car elle peut être silencieuse (un léger filet d'eau dans la cuvette) mais redoutable pour le portefeuille (jusqu'à 600 litres perdus par jour !). Pour aller plus loin, consultez notre dossier dédié sur la réparation de la chasse d'eau . Responsabilité du locataire Comme pour la robinetterie, le locataire doit veiller au bon fonctionnement du mécanisme accessible à l'intérieur du réservoir. Remplacement ou réglage du flotteur . Changement des joints de cloche (le gros joint noir au fond du réservoir qui assure l'étanchéité). Remplacement du robinet d'arrêt du WC s'il s'agit juste d'un changement de joint. Responsabilité du propriétaire Le bailleur doit intervenir si la panne vient de l'équipement lourd : Le réservoir est fendu (fêlure de la céramique due à l'âge). Le mécanisme complet doit être changé à cause de l'âge (plastiques devenus cassants qui s'effritent). La pipe d'évacuation (le gros tuyau derrière le WC) est fissurée ou fuit au raccordement mural. Bon à savoir : Si vous êtes locataire et que vous remarquez une fuite, coupez l'arrivée d'eau immédiatement. Si vous laissez couler l'eau pendant des semaines sans rien faire, le propriétaire pourrait se retourner contre vous pour "aggravation des dommages", même si la fuite initiale était à sa charge. Centralisez vos interventions plomberie avec Brik Chaque devis, facture, photo de fuite et échange avec votre locataire est rangé dans le dossier du bien : preuve d'intervention, suivi de garantie décennale et historique complet à portée de clic — indispensable en cas de litige avec l'assurance ou la CDC. Découvrir l'espace documents Brik → La notion clé de vétusté : l'exception qui protège le locataire C'est l'argument juridique principal pour qu'un locataire n'ait pas à payer une réparation qui semblerait pourtant lui incomber selon la liste du décret de 1987. Qu'est-ce que la vétusté ? C'est l'état d'usure ou de détérioration résultant du temps ou de l'usage normal des matériaux et éléments d'équipement. En clair : tout équipement a une durée de vie. Même si le remplacement d'un joint incombe au locataire, si l'installation de plomberie a 25 ans et que tout s'effrite au moment du démontage, c'est de la vétusté. En cas de litige, les tribunaux se réfèrent souvent à une grille de vétusté. Pour la plomberie et la robinetterie standard, la durée de vie théorique est souvent estimée entre 10 et 15 ans. Au-delà de cette période, la charge de remplacement bascule presque systématiquement vers le propriétaire bailleur. Facture d'eau excessive : la protection de la loi Warsmann Si vous ne détectez la fuite qu'à la réception d'une facture d'eau astronomique, ne paniquez pas tout de suite. La loi Warsmann (Code général des collectivités territoriales, art. L2224-12-4) a été créée pour protéger les abonnés de bonne foi. Les conditions pour bénéficier du plafonnement : Il doit s'agir d'une fuite sur canalisation d'eau potable après compteur. Attention : les fuites dues aux appareils ménagers (lave-linge) et aux équipements sanitaires (chasse d'eau, chauffage) sont souvent exclues du dispositif ! La consommation doit être anormale (supérieure au double de votre consommation moyenne sur les 3 dernières années). Vous devez faire réparer la fuite par un professionnel certifié le plus vite possible. Une fois la fuite réparée, vous devez envoyer à votre fournisseur d'eau l'attestation de réparation du plombier dans le mois suivant la notification de la surconsommation. Le montant de la facture sera alors "écrêté", c'est-à-dire plafonné au double de votre consommation habituelle, et l'excédent sera annulé. Procédures et assurances : que faire en cas de désaccord ? Parfois, le dialogue est rompu. Le locataire refuse de payer car il estime que le robinet est trop vieux, et le propriétaire refuse de payer car il estime que le locataire est négligent. La Convention IRSI (gestion des dégâts des eaux) Depuis 2018, la convention IRSI a simplifié la gestion des sinistres dégâts des eaux dans les immeubles. Si la fuite a causé des dégâts (parquet gondolé, peinture cloquée, tâche au plafond du voisin) et que les dommages sont inférieurs à 5000 € HT, c'est l'assureur de l'occupant du logement sinistré (donc souvent le locataire) qui gère le dossier, quelle que soit la responsabilité réelle de la fuite . L'objectif est d'indemniser vite les embellissements, sans attendre de savoir qui du propriétaire ou du locataire est fautif pour la fuite initiale. Comment régler un litige avec son propriétaire ? Si le propriétaire refuse de prendre en charge une réparation lourde : La mise en demeure : envoyez une lettre recommandée avec accusé de réception rappelant l'article 6 de la loi de 1989 et décrivant précisément le problème. La Commission Départementale de Conciliation (CDC) : c'est un organisme gratuit composé de représentants des bailleurs et des locataires. Ils aident à trouver un accord amiable sans passer par la justice. Le Juge des Contentieux de la Protection : en dernier recours, c'est le tribunal judiciaire qui tranchera en fonction des preuves apportées (photos, devis, âge de l'installation). Pour gérer en amont les autres litiges courants liés à l'eau, consultez aussi nos guides Fuite de toiture et Moisissure sur les murs . Tableau récapitulatif : qui paie quoi ? Type de réparation Locataire Propriétaire Changement de joints (robinet ou WC) X Détartrage et nettoyage X Remplacement robinetterie (vétusté) X Fuite canalisation encastrée / murale X Remplacement mécanisme WC (casse plastique) X Débouchage canalisation (cheveux, graisse) X Questions fréquentes Combien de temps a un propriétaire pour réparer une fuite à sa charge ? La loi ne fixe pas de délai précis, mais la jurisprudence considère qu'un délai "raisonnable" oscille entre 8 jours et un mois pour les fuites non urgentes. Pour une fuite caractérisée provoquant un dégât des eaux, l'intervention doit être quasi-immédiate (sous 48-72h). Au-delà, le locataire peut faire réaliser les travaux d'office et se faire rembourser, après mise en demeure restée sans effet. Peut-on prélever automatiquement le coût d'une fuite sur le dépôt de garantie ? Uniquement si la responsabilité du locataire est clairement établie (faute, défaut d'entretien démontré, absence de coupure d'eau alors qu'il avait constaté la fuite). Le bailleur doit produire devis et factures détaillés. Toute retenue contestée peut être portée devant la commission de conciliation. Le locataire doit-il souscrire une assurance dégât des eaux ? Oui, l'assurance habitation (multirisque habitation) est obligatoire pour tout locataire et doit obligatoirement couvrir le risque "dégâts des eaux". L'attestation est exigée à la remise des clés et chaque année à l'anniversaire du bail. Que faire en cas de fuite chez le voisin du dessus ? Déclarez le sinistre à votre assureur sous 5 jours, prenez des photos, faites établir un constat amiable dégât des eaux avec le voisin et son propriétaire si nécessaire. La convention IRSI s'appliquera et l'assureur de l'occupant sinistré (vous) gérera la prise en charge. Une fuite trouvée à la sortie peut-elle bloquer la restitution du dépôt de garantie ? Le propriétaire dispose de 2 mois (1 mois si l'état des lieux de sortie est conforme à celui d'entrée) pour restituer le dépôt. Une fuite peut justifier une retenue uniquement si elle est imputable au locataire et chiffrée par devis ou facture. Pas de retenue arbitraire. En résumé : les petites réparations, l'entretien courant et le nettoyage sont pour le locataire . Le remplacement dû à l'âge, aux gros travaux ou aux canalisations inaccessibles est pour le propriétaire . En cas de doute complexe sur une installation ancienne, nous vous recommandons toujours de faire établir un diagnostic écrit par un plombier professionnel avant d'engager des travaux.