Loi Hoguet et gestion locative : obligations du professionnel

Carte professionnelle, mandat écrit, registres, reddition de comptes : ce que la loi du 2 janvier 1970 impose concrètement aux professionnels de la gérance.

Mis à jour : juillet 2026

La loi Hoguet, colonne vertébrale de la gestion locative professionnelle

La loi n° 70-9 du 2 janvier 1970, dite loi Hoguet, et son décret d'application n° 72-678 du 20 juillet 1972 encadrent toutes les activités exercées sur les biens d'autrui à titre habituel : transaction, gestion immobilière, syndic. Cet article se concentre sur son application à la gestion locative pour compte de tiers, le volet transaction relevant d'un sujet distinct.

L'article 1er de la loi vise expressément la « gestion immobilière » : dès qu'un professionnel administre des biens, encaisse des loyers ou s'entremet dans la gestion pour le compte de propriétaires, de manière habituelle et rémunérée, il entre dans le champ de la loi Hoguet. Peu importe le statut (agence, cabinet d'administration de biens, réseau en ligne) : c'est l'activité qui déclenche l'application du texte.

La carte professionnelle « gestion immobilière »

Première obligation : détenir la carte G, délivrée par la chambre de commerce et d'industrie territoriale, valable trois ans, sous conditions d'aptitude professionnelle, de moralité et de garanties. Les conditions détaillées (diplômes, expérience, pièces, renouvellement) sont exposées dans notre guide pour obtenir la carte G de gestion immobilière. Les collaborateurs qui agissent pour le compte du titulaire doivent détenir une attestation d'habilitation.

Le mandat écrit et le registre des mandats

L'article 6 de la loi Hoguet impose une convention écrite préalable à toute mission : le mandat de gérance, rédigé avant tout acte de gestion, précisant l'objet, l'étendue des pouvoirs, la rémunération et la durée. Chaque mandat est inscrit chronologiquement sur un registre des mandats et son numéro est reporté sur l'exemplaire du mandant ; l'ensemble se conserve dix ans. Les mentions détaillées et les pièges de rédaction sont traités dans notre article sur le mandat de gérance immobilière.

La sanction est redoutable : un mandat absent, tardif ou irrégulier est nul, ce qui prive le professionnel de ses honoraires, y compris ceux déjà perçus.

Fonds détenus : reçus, registre-répertoire et compte dédié

La gestion locative implique de manier l'argent d'autrui. Le décret n° 72-678 organise une traçabilité complète :

Cette organisation comptable, dite comptabilité mandants, doit permettre à tout moment de justifier le solde de chaque propriétaire.

Garantie financière et assurance RCP

Deux garanties conditionnent l'exercice :

GarantieObjetMontant
Garantie financièreProtéger les fonds des mandants en cas de défaillance du cabinetMinimum 30 000 € les deux premières années, 110 000 € ensuite, et toujours au moins égale aux fonds détenus
Assurance RCPCouvrir les fautes et négligences commises dans la gestionPlafonds fixés par le contrat, minima prévus par la réglementation

Le nom du garant et le montant garanti figurent sur les documents professionnels. La cessation de la garantie interdit immédiatement de recevoir des fonds.

La reddition de comptes au mandant

Mandataire au sens du code civil, le gestionnaire doit rendre compte de sa gestion (article 1993 du code civil), selon la périodicité fixée au mandat : état des encaissements, des dépenses, des honoraires prélevés et du solde reversé. Ce compte rendu de gérance est à la fois une obligation légale et le principal outil de confiance avec les propriétaires. Les cabinets équipés d'une solution de gestion locative professionnelle le génèrent automatiquement à partir de la comptabilité mandants, ce qui élimine les écarts entre comptes et relevés.

Sanctions : pénal, civil, administratif

ALUR, ELAN, déontologie : la loi Hoguet modernisée

Le texte de 1970 a été profondément remanié :

En 2026, la ligne directrice est claire : professionnalisation, traçabilité et protection du consommateur. Les contrôles (DGCCRF, garants) portent de plus en plus sur la cohérence entre les registres, la comptabilité mandants et les comptes bancaires : autant de points qu'un système d'information rigoureux fiabilise durablement.

Questions fréquentes

La loi Hoguet s'applique-t-elle à la gestion locative en ligne ?

Oui. Le critère est l'activité (gérer des biens pour autrui à titre habituel et rémunéré), pas le canal. Une plateforme de gestion en ligne qui encaisse des loyers pour des propriétaires doit détenir la carte G, une garantie financière, des mandats écrits et tenir les registres, exactement comme un cabinet traditionnel.

Un particulier qui gère ses propres biens est-il soumis à la loi Hoguet ?

Non. La loi Hoguet vise la gestion des biens d'autrui. Un propriétaire qui administre son propre patrimoine, même important, ou une SCI qui gère ses immeubles pour son propre compte, n'a besoin ni de carte ni de garantie financière. La frontière se franchit dès que l'on gère habituellement pour des tiers contre rémunération.

Que risque un gestionnaire sans mandat écrit ?

La nullité de la mission : il perd tout droit à honoraires et peut être condamné à restituer les sommes prélevées. S'il a encaissé des fonds, il s'expose en outre aux sanctions pénales de l'article 16 de la loi Hoguet, jusqu'à deux ans d'emprisonnement et 30 000 € d'amende.

Quelles sont les principales obligations issues de la loi ALUR pour un cabinet de gérance ?

Une carte professionnelle triennale délivrée par la CCI, la formation continue de 14 heures par an (42 heures sur trois ans) pour les titulaires et collaborateurs, le respect du code de déontologie de 2015, et le plafonnement des honoraires de mise en location facturables au locataire selon la zone géographique.