Bail d'habitation en Belgique : quatre régions, quatre droits, un tableau

L'essentiel

En Belgique, le bail d'habitation dépend de la région du bien : Code bruxellois du Logement (règles de 2018, révisées au 1er novembre 2024), décret wallon du 15 mars 2018 (baux depuis le 1er septembre 2018), Woninghuurdecreet flamand (baux depuis le 1er janvier 2019), décret wallon version 2019 en Communauté germanophone. Le tronc commun est large (bail écrit, neuf ans, enregistrement en deux mois, indice santé) ; garantie locative, renon de courte durée, colocation et moratoire hivernal diffèrent.

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Le bail d'habitation est régional depuis 2018. Tronc commun, différences qui comptent (garantie, renon, courte durée, colocation, moratoire) et tableau comparatif Bruxelles, Wallonie, Flandre, Communauté germanophone.

Le bail d'habitation en Belgique relève de quatre droits, un par région : le Code bruxellois du Logement à Bruxelles (règles en vigueur depuis le 1er janvier 2018, révisées par l'ordonnance du 4 avril 2024 au 1er novembre 2024), le décret wallon du 15 mars 2018 en Wallonie (baux conclus ou renouvelés depuis le 1er septembre 2018), le Woninghuurdecreet du 9 novembre 2018 en Flandre (baux conclus depuis le 1er janvier 2019) et, pour le bail en Communauté germanophone, le décret wallon dans sa version de 2019. Depuis la sixième réforme de l'État, le bail d'habitation est une compétence des régions ; l'ancienne loi fédérale sur les baux de résidence principale ne régit plus que les baux antérieurs, sauf les dispositions que chaque région a étendues aux contrats en cours.

Un bailleur qui possède un appartement à Schaerbeek, une maison à Mouscron et un studio à Gand gère donc trois baux différents : même squelette, chiffres différents. Les quatre textes partagent un tronc commun hérité de la loi fédérale (bail écrit, neuf ans, enregistrement, indice santé), mais divergent sur des points très concrets : plafond de la garantie locative, forme du renon, résiliation d'un bail de courte durée, colocation, expulsion en hiver. Voici comment déterminer la règle qui s'applique à votre bail, le tronc commun, les différences du bail entre Bruxelles, Wallonie et Flandre dans un tableau, et trois cas pratiques chiffrés.

Ce qu'il faut retenir

Quelle règle s'applique à mon bail d'habitation en Belgique ?

Quatre vérifications, dans cet ordre, suffisent pour tout bail d'habitation en Belgique :

  1. La commune du bien. Elle fixe la région : un propriétaire domicilié à Anvers qui loue à Uccle applique le Code bruxellois ; un bailleur de Liège qui loue à Eupen applique le décret wallon dans sa version germanophone. Les communes à facilités de la périphérie bruxelloise (Kraainem, Wezembeek-Oppem, Linkebeek, Drogenbos, Rhode-Saint-Genèse, Wemmel) relèvent de la Flandre.
  2. La date de signature ou de renouvellement. Elle dit quelle version du texte s'applique : à Bruxelles, les règles de l'ordonnance du 4 avril 2024 valent pour les baux conclus ou renouvelés depuis le 1er novembre 2024 (garantie de deux mois, assurance du locataire, loyer de référence dans le bail) ; en Flandre, un bail signé avant le 1er janvier 2019 reste sous l'ancienne loi fédérale.
  3. La nature du bail. Résidence principale (neuf ans ou courte durée), bail étudiant, bail de colocation, bail de droit commun (seconde résidence, logement de fonction) : chaque régime a ses règles de durée et de renon.
  4. La date de l'événement. Une indexation se calcule avec les conditions du jour de la date anniversaire ; un renon, avec le préavis du jour de sa notification ; une garantie, avec le plafond du jour de la signature.

Dans Brik, la région est lue dans la commune du bien et chaque règle porte sa date : la page bail de location en Belgique montre les quatre baux guidés.

Quel est le tronc commun aux quatre droits ?

Ce que vous retrouvez partout en Belgique, avec les articles qui le portent :

Quelles sont les différences entre Bruxelles, la Wallonie et la Flandre ?

Point du bailBruxellesWallonieFlandre
Texte et dateCode bruxellois du Logement, titre XI ; règles 2018, révisées au 1er novembre 2024Décret du 15 mars 2018, baux depuis le 1er septembre 2018 (version 2019 en Communauté germanophone)Woninghuurdecreet du 9 novembre 2018, baux depuis le 1er janvier 2019
Garantie locative (maximum)2 mois, baux conclus ou renouvelés depuis le 1er novembre 2024 (art. 248)2 mois depuis juin 2023 (art. 36)3 mois (art. 37)
Libération de la garantie2 mois après la fin du bail, puis 10 % de la garantie par mois de retardAccord écrit ou juge de paixAccord écrit ou juge de paix
Forme du renonÉcritLettre recommandéeÉcrit
Courte durée : prorogationUne fois, par écrit, total ≤ 3 ans (art. 238)Deux fois au maximum, par écrit, total ≤ 3 ans (art. 55 § 6)Une fois, par écrit, total ≤ 3 ans
Courte durée : renon du locataire3 mois de préavis + 1 mois d'indemnité (bail d'au moins 6 mois)3 mois de préavis + 1 mois d'indemnité3 mois de préavis ; indemnité de 1,5 / 1 / 0,5 mois selon l'année
Courte durée : renon du bailleurAprès la première année, occupation personnelle seulement, 3 mois + 1 moisAprès la première année, occupation personnelle seulement, 3 mois + 1 moisImpossible avant l'échéance
Condition propre à l'indexationBail enregistré et certificat PEB remisBail écrit et enregistréBail écrit ; un forfait de charges ne s'indexe pas
LoyerLoyer de référence (loyers.brussels) obligatoire dans le bail ; présomption d'abus au-delà de 20 % ; commission paritaire locativeGrille indicative des loyers, y compris étudiants depuis 2024Libre ; estimateur régional indicatif
Assurance incendieLocataire, baux conclus ou renouvelés depuis le 1er novembre 2024Locataire, depuis le 1er septembre 2018, preuve annuelle (art. 17)Locataire et bailleur, chacun pour sa responsabilité
Colocation : départ d'un colocataire2 mois de préavis, sans indemnité, remplaçant à trouver ; pacte de colocation obligatoire3 mois, remplaçant à trouver ; pacte de colocation obligatoire3 mois, remplaçant à présenter (medehuur)
Moratoire hivernal sur les expulsionsDu 1er novembre au 15 mars (art. 233duodecies)Pas de moratoire généralPas de moratoire général
EnregistrementIRISrent (Région) et MyRent (SPF Finances), 2 moisMyRent, 2 mois, amende de 25 € à défautMyRent, 2 mois
Normes du logementCode, titre III ; attestation de contrôle de conformité (DIRL) pour lever une interdictionCode wallon de l'habitation durable ; permis de location (≤ 28 m², collectifs)Vlaamse Codex Wonen ; conformiteitsattest facultatif sauf règlement communal

Ce tableau reprend les règles relues sur les brochures officielles de janvier 2025 (Bruxelles) et juillet 2024 (Wallonie) et sur le texte flamand ; avant un acte important, vérifiez la version en vigueur du texte de votre région à la date concernée.

Bruxelles : que change le Code bruxellois du Logement ?

À Bruxelles, le bail d'habitation occupe le titre XI du Code. Pour un bail de résidence principale à Bruxelles, cinq particularités marquent le quotidien du bailleur. Le loyer de référence, ou l'intervalle qui l'entoure, publié sur loyers.brussels, doit figurer dans le bail (art. 218) ; un loyer qui le dépasse de vingt pour cent est présumé abusif et la commission paritaire locative peut être saisie. L'indexation suppose un bail enregistré et un certificat PEB remis au locataire (art. 224/2), et la région a lié l'indexation à la classe énergétique entre le 14 octobre 2022 et le 13 octobre 2023. La garantie locative est plafonnée à deux mois pour les baux conclus ou renouvelés depuis le 1er novembre 2024 (art. 248), et le bailleur dispose de deux mois après la fin du bail pour la libérer, sous peine de 10 % de la garantie par mois de retard. L'enregistrement se fait sur la plateforme régionale IRISrent (art. 228/3, depuis le 1er janvier 2025) et sur MyRent, le double enregistrement ayant été confirmé par l'arrêt de la Cour constitutionnelle du 3 avril 2025 ; tant qu'il n'est pas fait, le locataire n'est tenu ni aux délais de renon ni aux indemnités, et le loyer ne peut être ni indexé ni augmenté (art. 228/5). Enfin, le moratoire hivernal interdit l'exécution des expulsions du 1er novembre au 15 mars (art. 233duodecies, ordonnance du 22 juin 2023, validée par la Cour constitutionnelle le 9 octobre 2025), sauf exceptions décidées par le juge.

S'y ajoutent, depuis le 1er novembre 2024, l'assurance incendie et dégâts des eaux obligatoire pour le locataire avant son entrée, l'interdiction des clauses qui excluent tout animal de compagnie, et un encadrement précis des informations qu'un bailleur peut demander à un candidat : identité, coordonnées, nombre de personnes du ménage, montant des ressources, rien d'autre (les étapes de la location, be.brussels). Le détail sur la page gestion locative à Bruxelles et dans choisir un locataire.

Wallonie : que prévoit le décret du 15 mars 2018 ?

Le décret wallon relatif au bail d'habitation se distingue d'abord par la forme du renon : la lettre recommandée. La garantie locative est plafonnée à deux mois de loyer depuis le décret du 19 mai 2023 (en vigueur en juin 2023), deux mois aussi pour un bail étudiant (art. 82/1). L'assurance incendie du locataire est obligatoire pour tout bail conclu ou renouvelé depuis le 1er septembre 2018, avec preuve dans le mois de l'entrée puis chaque année dans le mois de l'anniversaire du bail (art. 17) ; à défaut, le bailleur ajoute une clause d'abandon de recours à sa police, aux frais du locataire. Le décret a écrit un régime propre pour le bail étudiant (art. 76 à 84) et pour le bail de colocation avec pacte obligatoire (art. 64 à 75), et un permis de location, valable cinq ans, pour les logements collectifs et les petits logements de 28 m² ou moins (démarche sur wallonie.be).

Sur la fin du bail, le décret (art. 55) reprend le schéma fédéral : occupation personnelle à tout moment avec six mois de préavis, par le bailleur, son conjoint ou cohabitant légal, ses descendants, ascendants ou collatéraux jusqu'au troisième degré (pour ces derniers, après les trois premières années) ; travaux à la fin d'un triennat dont le coût dépasse trois années de loyer ; renon sans motif à la fin de la troisième ou de la sixième année contre neuf ou six mois de loyer. Particularité wallonne : le bail de courte durée peut être prolongé deux fois au maximum, par écrit, dans la limite de trois ans (art. 55 § 6). Une grille indicative des loyers, étudiants compris depuis le décret du 1er mai 2024, aide à situer le loyer. Voir gestion locative en Wallonie.

Flandre : que prévoit le Woninghuurdecreet ?

Le Woninghuurdecreet s'applique aux baux conclus depuis le 1er janvier 2019 ; les baux plus anciens restent sous l'ancienne loi fédérale. La garantie locative monte à trois mois (art. 37), sur compte bloqué, par garantie bancaire ou par l'intermédiaire du CPAS (OCMW). Le bailleur ne peut jamais résilier un bail de courte durée avant son terme, et le locataire qui le quitte paie une indemnité dégressive d'un mois et demi, un mois ou un demi-mois selon l'année. Un forfait de charges ne s'indexe pas. L'assurance de la responsabilité incendie et dégâts des eaux est obligatoire pour le locataire et pour le bailleur, chacun pouvant exiger de l'autre la preuve annuelle du paiement des primes. Toute clause qui met les frais de l'agent immobilier à charge du locataire est interdite, sauf si le locataire est lui-même le mandant (art. 11).

Pour le bail de neuf ans, le décret flamand reprend l'occupation personnelle à tout moment avec six mois (identité et lien de parenté dans le renon, occupation dans l'année pendant deux ans), les travaux et le renon sans motif en fin de triennat contre indemnité, et les dix-huit mois de loyer si le motif n'est pas réalisé ; l'évaluation officielle du décret (mai 2024) juge les possibilités de renon pour travaux « très limitées ». Les normes de qualité relèvent du Vlaamse Codex Wonen (détecteurs sur chaque étage, attestation de conformité facultative sauf règlement communal) et le certificat énergétique s'appelle EPC, obligatoire dans l'annonce sous peine de 500 à 5 000 € d'amende. Voir gestion locative en Flandre.

Communauté germanophone : quelles règles pour un bail à Eupen ou Saint-Vith ?

La Communauté germanophone exerce la compétence du logement pour les neuf communes de langue allemande depuis 2020 et applique le décret wallon du 15 mars 2018 dans sa version de 2019, avec quelques adaptations. Un bail en Communauté germanophone suit donc, pour l'essentiel, les règles wallonnes : bail écrit, neuf ans, renon par recommandé, enregistrement sur MyRent dans les deux mois, assurance incendie du locataire. La différence la plus visible porte sur la garantie locative : deux mois sur compte bloqué, ou trois mois en garantie bancaire. Les documents (bail, annexe, état des lieux) peuvent être rédigés en allemand ; les formulaires régionaux existent dans cette langue.

Cas pratiques : le même renon, trois montants

Les règles communes produisent des résultats différents dès que la région, la durée du bail ou la date d'entrée changent. Trois situations résolues.

Exemple chiffré

Cas 1, Bruxelles, bail de neuf ans, loyer de 900 €. Le bailleur veut récupérer le logement sans motif à la fin du premier triennat : préavis de six mois notifié au plus tard six mois avant la fin de la troisième année, indemnité de neuf mois, soit neuf fois 900 €, 8 100 €, calculée sur le dernier loyer hors charges. À la fin du deuxième triennat, six mois : 5 400 €. Cas 2, Wallonie, bail de courte durée de deux ans, loyer de 900 €. Le locataire part après quatorze mois : trois mois de préavis, courant du premier jour du mois suivant, et une indemnité d'un mois, 900 € ; le bailleur, lui, ne pourrait résilier qu'après la première année, pour occupation personnelle, avec trois mois de préavis et 900 € d'indemnité. Cas 3, Flandre, même bail de courte durée. Le locataire qui part pendant la deuxième année doit un mois (900 €) ; pendant la première, un mois et demi (1 350 €) ; pendant la troisième, un demi-mois (450 €). Le bailleur flamand ne peut pas résilier avant le terme, quel que soit le motif.

Dans les trois cas, le renon se calcule sur le dernier loyer payé, hors frais et charges, et le préavis court du premier jour du mois qui suit la notification. Le détail des préavis et indemnités : donner ou recevoir un renon ; la courte durée : bail de courte durée en Belgique.

Le bon bail, dans le droit de la bonne région

Brik lit la région dans la commune du bien et applique la règle à la date de l'événement : quatre baux guidés (résidence principale, courte durée, étudiant, colocation), plafond de garantie, préavis et indemnité de renon, conditions d'indexation. Chaque règle est datée, sourcée et expliquée, vérifiée sur les textes officiels.

Lire aussi : la garantie locative région par région →

Erreurs fréquentes quand on loue dans plusieurs régions

Questions fréquentes

Mon bail a été signé avant 2018 : quel texte s'applique ?

Pour l'essentiel, l'ancienne loi fédérale sur les baux de résidence principale, sauf les dispositions que votre région a expressément étendues aux baux en cours. Chaque texte régional comporte des règles transitoires : c'est là qu'il faut regarder, en fonction de la date de signature et de l'événement concerné (indexation, renon, garantie). Un renouvellement ou une prorogation fait en général basculer le bail dans le nouveau régime.

Le code postal suffit-il pour déterminer la région de mon bail ?

Non. La région se déduit de la commune du bien, identifiée par son code NIS. Les six communes à facilités de la périphérie bruxelloise relèvent de la Flandre, et certaines communes partagent un code postal avec une commune voisine d'une autre région. Un doute se lève en vérifiant la commune de l'adresse exacte du logement, pas celle du bailleur.

Les règles du bail en Communauté germanophone sont-elles différentes ?

La Communauté germanophone applique le décret wallon du 15 mars 2018 dans sa version de 2019, avec quelques adaptations, notamment sur la garantie locative (deux mois bloqués ou trois mois en garantie bancaire). Un bailleur d'Eupen, de Saint-Vith ou de La Calamine suit donc, pour l'essentiel, les règles wallonnes : renon par recommandé, bail écrit, enregistrement sur MyRent dans les deux mois, assurance incendie du locataire.

Puis-je choisir le droit d'une autre région dans mon bail ?

Non. Les règles régionales du bail d'habitation sont impératives : une clause qui écarterait le texte de la région du bien au profit d'un autre serait réputée non écrite. Le juge de paix applique le droit de la région où se trouve le logement, quelle que soit la rédaction du contrat, et même si les deux parties étaient d'accord.

Quelle est la différence entre Bruxelles et la Wallonie pour la garantie locative ?

Le plafond est le même, deux mois de loyer, mais pas la date : juin 2023 en Wallonie (décret du 19 mai 2023), 1er novembre 2024 à Bruxelles pour les baux conclus ou renouvelés depuis cette date. Bruxelles ajoute un délai de libération : deux mois après la fin du bail, puis 10 % de la garantie par mois de retard. En Wallonie, le juge de paix sanctionne une rétention sans motif.

Le bailleur peut-il résilier un bail de courte durée en Belgique ?

Cela dépend de la région. À Bruxelles et en Wallonie, oui, après la première année, pour occupation personnelle seulement, avec trois mois de préavis et un mois d'indemnité. En Flandre, non : le bailleur est tenu jusqu'à l'échéance. Partout, le locataire peut partir avec trois mois de préavis, contre un mois d'indemnité (Bruxelles, Wallonie) ou 1,5, 1 ou 0,5 mois (Flandre).

Que se passe-t-il si j'oublie de prévenir avant la fin des neuf ans ?

Le bail est prorogé de trois ans aux mêmes conditions, puis de trois ans en trois ans tant qu'aucune partie ne donne renon six mois avant l'échéance. Un bail commencé le 1er septembre 2021 se termine le 31 août 2030 si un renon est notifié au plus tard le 28 février 2030 ; sinon il court jusqu'au 31 août 2033, et ainsi de suite.

Sources

Les règles citées renvoient à leur texte officiel. Vérifiez la version en vigueur à la date de votre situation.